Paraguay : Peña inculpé dans la faillite de la banque Ueno
Santiago Peña risque jusqu'à 20 ans de prison après la faillite de la banque Ueno, qui a gelé les économies de près de 3 millions de clients et renversé son gouvernement.

Asunción — Le ministère public paraguayen a inculpé l'ancien président Santiago Peña dans l'affaire de la faillite de la banque Ueno, un jour après que le Sénat l'a destitué à l'unanimité. Un juge a ordonné son placement en détention dans une base militaire pendant la durée de l'enquête ; les procureurs affirment qu'il encourt jusqu'à 20 ans de prison s'il est reconnu coupable sur les deux chefs.
Peña, entendu par les procureurs samedi, est accusé d'abus de confiance, en tant qu'instigateur, et d'administration à des fins personnelles, en tant qu'auteur principal, selon MercoPress. L'ancien président de la Banque centrale Carlos Carvallo, directeur général d'Ueno avant que Peña ne le nomme à la tête de la Banque centrale, est poursuivi pour abus de confiance, production de faux documents publics et administration à des fins personnelles. Il est déjà en détention. Peña nie tout acte répréhensible.
Tout se joue sur la destination des fonds. Selon les procureurs, entre 2023 et 2026, Ueno a collecté d'importants dépôts d'organismes publics et du système de retraite, tout en accordant des prêts présumés irréguliers à des sociétés liées à ses propriétaires, le groupe Vázquez. Les parlementaires accusent Peña d'avoir usé de son influence pour orienter des centaines de millions de dollars de fonds publics vers la banque, pendant que les régulateurs fermaient les yeux sur les prêts accordés à des initiés. Lorsque les régulateurs sont intervenus mardi dernier, les comptes de près de 3 millions de clients ont été gelés, dans un pays de 6 millions d'habitants.
Le versement des indemnisations est désormais la priorité absolue du gouvernement. La Banque centrale affirme que 1,2 million de clients d'Ueno avaient reçu un remboursement partiel ou total au plus tard samedi, selon The Hindu ; en vertu du droit paraguayen, les dépôts allant jusqu'à 37 000 dollars sont garantis. Les clients dont le solde atteint environ 1 500 dollars américains ont commencé à récupérer leur argent, les versements devant ensuite atteindre un maximum d'environ 19 300 dollars américains. Les banques devaient ouvrir exceptionnellement dimanche afin que les titulaires de comptes puissent finaliser les formalités.
La chute de Peña, la plus grave crise politique du pays depuis une décennie, après sa destitution et son remplacement par le vice-président Pedro Alliana, n'a pas apaisé la rue. Des manifestants ont jeté des pierres sur la police et arraché des grilles près de sa résidence avant qu'il ne soit transféré dans la nuit vers la caserne du Régiment d'escorte présidentielle, la même où le dictateur Alfredo Stroessner s'était réfugié lors du coup d'État de 1989 qui l'avait renversé. L'opposition exige également le départ d'Alliana et la tenue d'élections anticipées début 2027, en l'accusant de ne pas avoir agi à temps.
Alliana a rapidement constitué son gouvernement : il a nommé Ariel Martínez, un vétéran du gouvernement de l'ancien président Horacio Cartes, au poste de ministre de l'Intérieur, et Juan Carlos Baruja, président du Parti colorado, au poste de ministre des Travaux publics. Il a suspendu les déplacements à l'étranger et promis que chaque client touché récupérera ses économies. La prochaine échéance arrive vite : l'ouverture exceptionnelle des banques dimanche, et le rythme des remboursements au-delà des 1,2 million de clients déjà payés.
Sources
Cet article s'appuie sur des reportages de :


