Serbie : démissions exigées dans la police et la justice
Peu après sa victoire électorale sur le parti d'Aleksandar Vučić, le mouvement étudiant serbe exige que les institutions échappent au contrôle politique.

Belgrade — Le mouvement étudiant serbe a réclamé jeudi la démission des principaux responsables de la police, des services de renseignement et de la justice, quelques jours après sa victoire historique aux élections face au parti d'Aleksandar Vučić. Ces exigences, formulées lors d'une conférence de presse à Belgrade, constituent le premier véritable test de ce que le futur gouvernement entend changer, et de la rapidité avec laquelle il agira.
La Liste des étudiants a remporté les élections législatives du 25 octobre face au Parti progressiste serbe de M. Vučić, formation de droite au pouvoir depuis 2012, selon The Hindu. Les autorités sortantes restent toutefois en place, la transition formelle devant prendre plusieurs semaines.
S'exprimant dans un parc du centre de Belgrade, autrefois bouclé et occupé par les partisans de M. Vučić, l'étudiant Filip Ubovic a affirmé que les changements commençaient maintenant, que les institutions appartenaient aux citoyens et que la loi s'appliquait à tous. Le mouvement, a-t-il déclaré, ne cherche pas à se venger, mais à faire respecter la loi, le professionnalisme et la responsabilité.
Les étudiants affirment que les chefs de la police et des services de renseignement ont servi le parti de M. Vučić pendant deux années de manifestations de rue, déclenchées lorsque l'effondrement d'un auvent dans une gare rénovée du nord a tué 16 personnes. Ils dénoncent un recours excessif à la force, une surveillance illégale et des pressions exercées sur les opposants. Ils réclament également des réformes de la justice, des enquêtes urgentes sur des affaires de corruption de haut niveau qui auraient, selon eux, été mises de côté, ainsi qu'un examen de tous les contrats de dépenses publiques. Les fonctionnaires ont été invités à empêcher les responsables sortants de détruire des documents.
De son côté, M. Vučić a accusé les vainqueurs de « terreur révolutionnaire » après que des groupes ont pris d'assaut la chaîne Informer TV, qui avait qualifié les étudiants de traîtres avant le scrutin. Les commandants de police, les juges et les procureurs appelés à démissionner n'ont pas réagi dans l'immédiat. En revanche, le directeur général de la radiotélévision publique RTS, Manja Grcic, a démissionné, et sa succursale de Novi Sad a présenté ses excuses pour une couverture sélective.
La candidature de la Serbie à l'adhésion à l'UE s'est enlisée sous la présidence de M. Vučić, en raison du recul démocratique et de ses liens étroits avec la Russie. Les responsables européens ont proposé leur aide aux nouvelles autorités en matière de démocratie et d'État de droit. Mais les étudiants demandent d'abord que les autorités électorales certifient sans délai les résultats définitifs. Un nouveau vote dans quelque 50 bureaux de vote est prévu le 1er novembre, à l'issue duquel un nouveau parlement et un nouveau gouvernement pourront être constitués. C'est à ce moment que les revendications formulées jeudi devront se traduire en décisions.
Sources
Cet article s'appuie sur des reportages de :


