Tanzanie : Lissu condamné à 4 ans, la trahison écartée
Tundu Lissu a été acquitté de trahison mais condamné pour incitation, un chef qu'il n'avait jamais eu à affronter, après 19 mois de détention.

Dar es Salaam — Le principal dirigeant de l'opposition tanzanienne, Tundu Lissu, a été condamné vendredi à 4 ans de prison après que le tribunal l'a reconnu coupable d'incitation à la violence, tout en le blanchissant de trahison, une accusation passible de la peine de mort. Le verdict, rendu sous un dispositif de sécurité renforcé dans la capitale économique, clôt une affaire qui a suscité la condamnation à l'étranger et des mises en garde sur de nouveaux troubles dans le pays.
Un collège de 3 juges de la Haute Cour a estimé que les propos du dirigeant de Chadema, âgé de 58 ans, visaient à perturber les élections et à encourager la violence. « Nous sommes convaincus que, par ses déclarations, l'accusé entendait perturber les élections et provoquer des violences », a déclaré le juge devant une salle d'audience comble de partisans, selon RFI. Mais la condamnation porte sur un chef d'accusation que Lissu n'avait jamais eu à affronter. L'incitation ne figurait pas parmi les chefs retenus dans ce dossier, un point sur lequel il a insisté devant le tribunal.
« On ne m'a pas inculpé d'incitation, mais vous, juges, me condamnez pour cela uniquement pour impressionner la personne qui vous confère vos titres », a déclaré Lissu, en visant apparemment la présidente Samia Suluhu Hassan, selon DW. Il a qualifié le procès de « persécution politique » et affirmé que « des prétextes ont été créés pour me faire emprisonner ». Le gouvernement n'a pas réagi publiquement à ses propos sur les directives adressées aux magistrats.
Avocat de profession, Lissu, qui attendait le verdict après 19 mois de détention, avait été arrêté en avril 2025 à la suite d'un discours dans lequel, selon l'accusation, il aurait dit à ses partisans que l'opposition allait « bloquer l'élection » et « mobiliser la rébellion ». Il a plaidé non coupable, arguant que sa campagne pour une réforme électorale, menée sous le slogan « Pas de réformes, pas d'élection », ne violait aucune loi. Dans sa plaidoirie finale, il a exhorté les juges à agir « sans parti pris, avec courage et dans la dignité que confèrent vos serments judiciaires ».
Son arrestation, l'exclusion de Chadema de l'élection présidentielle d'octobre 2025 et les enlèvements présumés de critiques du gouvernement ont alimenté des manifestations à l'échelle nationale. Hassan l'a emporté avec 98 % des voix. Une commission nommée par le gouvernement a indiqué en avril qu'au moins 518 personnes avaient été tuées et a imputé les violences aux manifestants ; l'opposition et des organisations de défense des droits humains évoquent un bilan de plusieurs milliers de morts, et le gouvernement nie tout recours excessif à la force. Hassan a affirmé que l'élection avait été équitable et a attribué les troubles à des étrangers, selon Africanews.
Le procès a suscité des critiques de parlementaires britanniques et de l'Union européenne, qui l'ont qualifié de politiquement motivé et ont écrit à Hassan que « le recours à la peine capitale contre un opposant politique risque de transformer le système judiciaire en instrument de répression politique ». Le parlementaire de l'opposition Ado Shaibu l'a qualifié de « jour sombre pour l'État de droit ». Avant le verdict, la police avait mis en garde contre « ceux qui veulent fomenter un coup d'État ». Les partisans de Chadema, rassemblés devant le tribunal, attendent désormais de savoir si Lissu fera appel.
Sources
Cet article s'appuie sur des reportages de :


